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Normandie

Normandie

Drapeau France





Aujourd'hui, la Normandie est la campagne de Paris. Et une campagne pur jus, avec des chaumières fleuries, des prairies piquetées de pommiers, des vaches placides et des pur-sangs un brin snobs, des petits réconfortants de derrière les fagots (calva, pommeau) et des villages dont le seul nom embaume (Camembert, Livarot, Pont-l'Évêque). C'est aussi une campagne ultra civilisée, qui ressemble à un jardin anglais. La Normandie semble prête à poser pour la photo-souvenir : des ports débordant de charme (Honfleur, Barfleur), l'inimitable silhouette du Mont-Saint-Michel, une litanie de stations balnéaires qui traversent les siècles sans se départir de leur élégance (Deauville, Cabourg, Granville). Et le cimetière américain d'Omaha Beach, " capitale des ruines ", permet de ne pas oublier que cette région a été marquée dans sa terre et dans sa chair pour que l'Europe recouvre sa liberté

Carte d'identité

Basse-Normandie

Orne

- Superficie : 6 103 km2
- Population : 292 400 habitants
- Préfecture : Alençon (30 400 hab.)
- Sous-préfectures : Argentan (17 400 hab.) et Mortagne-au-Perche (4 880 hab.)

Calvados

- Superficie : 5 548 km2
- Population : 655 000 habitants
- Préfecture : Caen (117 200 hab.)
- Sous-préfectures : Bayeux (15 400 hab.), Lisieux (24 100 hab.) et Vire (13 900 hab.)

Manche

- Superficie : 5 938 km2
- Population : 481 500 habitants
- Préfecture : Saint-Lô (21 595 hab.)
- Sous-préfectures : Avranches (9 230 hab.), Cherbourg (44 100 hab.) et Coutances (11 500 hab.)

Haute-Normandie

Seine-Maritime

- Superficie : 6 728 km2
- Population : 1 240 000 habitants
- Préfecture : Rouen (108 800 hab.)
- Sous-préfectures : Dieppe (35 700 hab.) et Le Havre (193 300 hab.)

Eure

- Superficie : 6 040 km2
- Population : 541 000 habitants
- Préfecture : Évreux (54 100 hab.)
- Sous-préfectures : Bernay (11 620 hab.) et Les Andelys (9 310 hab.)

Infos pratiques

Adresses utiles

- Comité régional du tourisme de Normandie : 14, rue Charles-Corbeau, 27000 Évreux. Tél : 02-32-33-79-00. Internet : www.normandy-tourism.org. E-mail: info@normandie-tourisme.org.
- Office de tourisme de Caen : 12, place Saint-Pierre. Tél : 02-31-27-14-14. E-mail : tourisminfo@ville-caen.fr. Internet : www.caen.fr/tourisme. Ouvert du lundi au samedi de 9 h 30 à 18 h.
- Office de tourisme de Rouen : 25, place de la Cathédrale. Tél. : 02-32-08-32-40. E-mail : accueil@rouentourisme.com. Internet : www.rouentourisme.com. De mai à fin septembre, du lundi au samedi, ouvert de 9 h à 19 h, et les dimanches et jours fériés, de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 18 h ; le reste de l'année, ouvert du lundi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 h ; fermé les dimanches et jours fériés.

Hébergement

Gîtes de France

Pour commander des brochures, s'adresser au 59, rue Saint-Lazare, 75009 Paris. Tél : 01-49-70-75-75. Internet: www.gites-de-france.fr. M. : Trinité. Ouvert du lundi au vendredi de 11 h 30 à 14 h 30 et de 16 h 45 à 18 h 15. Les réservations sont à faire auprès des relais départementaux des Gîtes de France.

- Gîtes de France du Calvados : promenade de Madame-de-Sévigné, 4050 Caen Cedex 4. Tél : 02-31-82-71-65. Fax : 02-31-83-57-64. E-mail : info@gites-de-france-calvados.fr.
- Gîtes de France de l'Eure : 9, rue de la Petite-Cité, 27008 Évreux Cedex. Tél. : 02-32-39-53-38. Fax : 02-32-33-78-13. E-mail : info@gites-de-france-eure.com.
- Gîtes de France de la Manche : 98, route de Candol, Maison du Département, 50008 Saint-Lô Cedex. Tél. : 02-33-56-28-80. Fax : 02-33-56-07-03. E-mail : manchetourisme@cg50.fr.
- Gîtes de France de l'Orne : Comité départemental du tourisme, BP 50, 61002 Alençon Cedex. Tél. : 02-33-28-07-00. Fax : 02-33-29-01-01. E-mail : info@ornetourisme.com.
- Gîtes de France de Seine-Maritime : Seine-Maritime Tourisme Réservation (SMTR), Chambre d'Agriculture, Chemin de la Bretèque, B.P. 59. 76232 Bois-Guillaume Cedex. Tél. : 02-35-60-73-34. Fax : 02-35-61-69-20. E-mail : info@gitesdefrance76.com.

Auberges de jeunesse

La carte FUAJ, valable dans 62 pays, permet de bénéficier des 4 000 auberges de jeunesse du réseau Hostelling International réparties dans le monde entier. Les périodes d'ouverture varient selon les pays et les AJ. À noter, la carte AJ est surtout intéressante en Europe, aux États-Unis, Canada, Moyen-Orient et en Extrême-Orient (Japon...).
Plus d'infos sur le site : www.fuaj.org.

Activités

Comment explorer la Seine-Maritime différemment ?

À vélo

Dans tout le département, le long des côtes, à travers bocages et vallées ou dans les nombreuses forêts domaniales, des itinéraires cyclistes ont été balisés. Ces circuits empruntent des petites routes généralement peu fréquentées et offrent bien des curiosités à voir.

À pied

Il existe de très beaux chemins de grande randonnée en Seine-Maritime, comme le GR 21 qui longe les falaises et les valleuses de la côte.

Les circuits à thèmes

Le comité départemental du tourisme a réalisé plusieurs excellentes brochures sur les richesses historiques, culturelles et gastronomiques du département, notamment les Itinéraires impressionnistes, La Route de Guillaume Le Conquérant, La Route de l'Ivoire et des Épices, La Route des Abbayes normandes …
Des idées de week-ends thématiques sont disponibles sur le site Internet : www.normandie-bray-escapade.fr.

Culture et traditions

Gastronomie

Merveille de gueule

La vache normande est la nourrice de Paris. Il en sort des camemberts, des petits-suisses, de la crème fleurette et du beurre d'Isigny. La crème est un baume qui console du temps gris. Double ou triple, elle est de tous les plats (en compagnie d'un brin de beurre demi-sel fondu, la recette s'appelle “vallée d'Auge”) : viande, coquillages, poisson, desserts.

Péchés de chère

La mer normande abonde en poissons plats (sole, limande, plie, et le fameux turbot...), lisettes (les petits maquereaux de Dieppe), crustacé, coquilles Saint-Jacques et quantité de coquillages, dont les huîtres du Cotentin.
L'iode aussi présent dans les viandes : on met les moutons dans les prés-salés (recouverts périodiquement par la marée) du Cotentin ouest et de la baie du Mont-Saint-Michel. Autrement, les vertus fermières ne manquent pas : le canard par exemple : au cidre, en terrine, à la rouennaise, (c'est-à-dire “au sang”), etc.

La carte de la Normandie ressemble à une table de banquet. À part la sole normande (plus parisienne que locale), chaque ville y a inscrit son plat fétiche : la marmite de poisson de Dieppe (au vin blanc), l' omelette du Mont-Saint-Michel, le poulet vallée d'Auge (à la crème et au calvados), les crevettes de Honfleur et, bien entendu, toute une farandole de fromages.
En plus du camembert, le pays d'Auge a engendré deux autres gâteries. Le livarot et le pont-l'évêque. Autres trésors de vache : le bondon de Neufchâtel, le gournay, le bricquebec, le brillat-savarin, le coeur de Bray (doux), la bouille, le pavé d'Auge (inspirateur du pont-l'évêque et du livarot), etc.

Passons aux desserts. Tout y est pur beurre, et plutôt trois fois qu'une. Gisors et Gournay sont les Mecques de la brioche. Yport abrite une tarte au sucre (pommes et pâte sablée), Caen cultive la fouace et les sablé, Rouen a pour drapeau le sucre de pomme et Honfleur ne jure que par la teurgoule, un riz au lait vanillé cuit au four, à déguster avec une brioche aux oeufs, la falue. La pomme, qui est reine en Normandie, offre à tout cela un supplément de douceur. Cuite au cidre, elle orne les tartes normandes que tout restaurant met son point d'honneur à vous asséner en coup final d'un repas pantagruélique.

Et glou, et glou...

Vous criez grâce ? Inutile. Le trou normand s'est chargé de vous vider l'estomac : un petit verre de calva jeune bu cul sec ou, en version stylée, un sorbet de ce même alcool. Le calvados ? Du cidre distillé. Le cidre ? Du jus de pomme fermenté. Comme quoi le raisin n'est pas indispensable.

N'oubliez pas leur frère, le poiré. Né dans le Domfrontais, ce “cidre sec de poire” (une petite poire bien rugueuse, adoucie par le gel) en remontre à bien des vins pour la délicatesse. Dommage qu'il soit rare. Vous trouverez plus facilement du pommeau, cidre additionné de calva. Les Romains appelaient le cidre sicera : boisson enivrante. On a gardé le nom, mais ramené le taux d'alcool à 3o pour le doux, 5o pour le brut, au maximum 7o.

Comme pour excuser cette timidité, le calvados est, lui, un alcool foudroyant. En tout cas, bien inséré dans la vie de tous les jours : un canard par-ci, un petit coup par-là. Inventée en 1553 par un gentilhomme gastronome, l'eau-de-vie de cidre (ou de poiré) attendit le début du siècle dernier pour s'appeler calvados. Seul celui du pays d'Auge jouit de l'appellation contrôlée.

Un peu d'histoire

Quelques dates

56 av. J.-C. : la Seine forme frontière. Au nord, les Belges : Véliocasses du Vexin (autour de Rotomagus-Rouen) et Calètes du pays de Caux. Au sud, les Gaulois : Éburovices (Évreux), Lexoves (Lisieux), Bajocasses (Bayeux)
836 : Les Vikings embarquent pour commercer dans le Sud. Ils découvrent qu'un contrat se conclut mieux avec un petit coup de hache. Leur dessein est de conquérir toute l'Europe et Rouen, Jumièges et Saint-Wandrille sont déjà conquises.
Noel 1066 : Guillaume de Normandie conquiert l'Angleterre.
XIIe siècle : La Normandie s'étend désormais de l'Écosse aux Pyrénées... On est bon pour la guerre de Cent Ans !
1431 : Jeanne d'Arc passée par le feu à Rouen. L'évêque Cauchon mitonne le procès. Fut-il un monstre ? On dit que Paris (très pro-Anglais, on l'oublie) la réclamait pour la réduire en bouillie...
1517 : François Ier édifie une base navale, Le Havre-de-Grâce.
1854-1855 : Boudin, Courbet et Isabey chez la mère Toutain, à Honfleur.
1942 : débarquement allié malchanceux à Dieppe.
6 juin 1944 : débarquement des alliés en Normandie.
1995 : inauguration du pont de Normandie.

Le Débarquement

Quatre ans de mijotage

Le 23 juin 1940, en pleine défaite, les Anglais débarquaient déjà. C'était trop tard - ou trop tôt. La Wehrmacht roule vers Bordeaux. Huit millions de fugitifs errent sur les routes. La France, prostrée, a bien oublié l'Angleterre. Mais la Navy reste active. Entre Boulogne et Berck, ses vedettes rapides débarquent 115 hommes jusque sur la plage de Merlimont pour se rappeler, par quelques judicieuses grenades, au bon souvenir de ces messieurs en vert-de-gris.

Bonjour l'intox !

Et l'opération Fortitude commence. Tout est bon pour leurrer l'Allemagne. On sacrifie des agents de la Résistance. On multiplie les “révélations” aux agents doubles, triples, retournés dans tous les sens. On bombarde férocement le Pas-de-Calais. On mine la mer du Nord et la Baltique. On masse des navires dans les ports du Nord-Est anglais. Pour tromper les avions espions, on crée de faux parcs de matériel avec des chars et des Jeep en caoutchouc, de faux aérodromes avec des avions en bois. Une intense activité radio “dénonce” l'existence d'une IIIe armée fictive, basée dans le Kent. Mongtomery paie de sa “personne” : la veille du 6 juin, un sosie (pas bête !) est chargé d'inspecter ostensiblement la garnison de Gibraltar, juste à portée de jumelles des agents allemands d'Algésiras.

Orages d'acier

Ce mardi 6 juin 1944, il pleut dès le matin. Un vrai temps de juin pour un jour de guerre ordinaire. À 9 h, ceux qui le peuvent se branchent sur la BBC. Le communiqué du jour est sobre : “Sous le commandement du général Eisenhower, les forces navales alliées appuyées par une aviation puissante ont commencé à débarquer les armées alliées sur la côte nord de la France”. Un canular ? On n'ose y croire. Pour la France comme pour l'Europe entière, c'est à nouveau l'annonce du sang et des larmes. Mais aussi l'espoir de la Libération.

Pour la résistance normande (une dizaine de réseaux), c'est aussi la nuit la plus longue. Mais les trois plans à appliquer sont au point depuis longtemps : paralysie des voies ferrées, du réseau de télécommunications et des routes conduisant aux plages. Très loin à l'ouest, d'autres Français arrivent. Ce sont les SAS du colonel Bourgoin (dit “le Manchot”). Aux petites heures de la nuit, on les a largués sur les landes paumées du Morbihan et des Côtes-du-Nord (actuellement Côtes-d'Armor).

Le raz de marée

Enfin, l'aube se lève sur la côte normande. La mer agitée porte un spectacle incroyable : une forêt d'acier danse sur les vagues. 7 000 bateaux, venus de partout. “Plus qu'aucun oeil humain n'en a jamais embrassé en un seul coup d'oeil ”, note un correspondant de guerre. Les autres chiffres sont tout aussi vertigineux. Près de 100 000 hommes les conduisent, plus de 100 000 autres s'apprêtent à en sortir. Les dragueurs ont ébréché les champs de mines et, à 3 h 30, les premières barges cinglent vers Omaha Beach. Un nom de code qui réunit les trois plages de Vierville, Colleville et Saint-Laurent. En fin de matinée, la capitale découvrira dans Paris-Midi ce simple quart de colonne : “Quelques descentes de parachutistes à Dozulé, Troarn, Putot et autour du Havre”. On ignore qu'il s'agit de mannequins parachutés au nord de la Seine pour semer la confusion. Mais on comprend l'essentiel : à l'Ouest, il y a du nouveau. Les Parisiens se précipitent dans les librairies pour se procurer des cartes de Normandie et des petits drapeaux... Il y a de la résistance dans l'air.

Comme les cinq doigts de la main

- Utah Beach, 6 h 30. Il s'agit de la 4e division d'infanterie américaine (celle-là même qui entrera dans Paris avec Leclerc).
- Omaha Beach, 6 h 45. Le Débarquement va s'y révéler incomparablement plus difficile. Les deux groupes de combat américains doivent s'emparer, entre Vierville et Colleville, d'un croissant de falaises truffées de casemates, de canons et de mitrailleuses. L'un des aviateurs, nommé Cornelius Ryan, en gardera toute sa vie le traumatisme. Longtemps après, il enquêtera sur la mort que ses frères d'armes ont trouvée à terre, et écrira Le Jour le plus long. Samuel Fuller, qui n'avait rien oublié, réalisa en 1980 le film Au-delà de la gloire (The Big Red One).
- Gold Beach, 7 h 25. Malgré un début difficile, la situation y est plus souriante. Le débarquement britannique a commencé sur les plages du Hamel et de La Rivière. Objectif : Bayeux.
- Juno Beach, 7 h 35. Sous les ordres du major général Keller, la 3e division d'infanterie canadienne débarque sur les plages de Courseulles, Bernières et Saint-Aubin. Elle est en retard sur l'horaire. Et il faut occuper, le soir même, la crête qui s'étend de Putot-en-Bessin jusqu'à l'ouest de Caen ! Les ennuis sont là. Fonds rocheux, vagues démontées, plus un véritable festival de pièges et de mines. Les barges de débarquement dérivent. Elles sont cueillies par un feu nourri.
- Sword, 7 h 25. La 3e division d'infanterie britannique a bien l'intention de dîner à Caen ce soir-là. Au moment de toucher la plage de Colleville, les barges anglaises se laissent courtoisement dépasser par les 177 Bérets verts du lieutenant Philippe Kieffer.

Un après-midi normand

À 15 petits kilomètres de là, Caen a été réveillé “vers 2 h par le bruit sourd et lointain d'une canonnade assourdissante”. De fait, les Alliés piétinent devant Caen. Enfin, la nuit tombe sur le front. Il est discontinu. Aucun des objectifs fixés n'a été atteint. Les Alliés ont perdu 10 000 hommes, dont un tiers est mort. 2 navires de guerre, 127 avions et près de 300 barges ont été anéantis. Mais ce n'est qu'un début. Une bataille de 100 jours commence qui mettra 2 millions d'hommes aux prises et ne s'achèvera qu'avec la chute du Havre... le 12 septembre 1944.

La bataille de Normandie

On a pris pied. Et après ?

Après, c'est la grande offensive. Pour cela, il faut douze fois plus d'hommes, vingt fois plus de véhicules, 3 millions de tonnes de matériel. Bref, il faut des ports. Autre chose que les ports artificiels mis en place sur les plages. Du solide. On guigne Cherbourg début juin. On espère Saint-Nazaire pour le 10 juillet. Brest dans la foulée. Et Lorient. Et Quiberon, où l'on envisage même un Arromanches- bis. La bataille de Normandie doit impérativement déboucher sur la Bretagne.

Elle viendra, la percée. Mais ce ne sera que pour s'assurer la Bretagne. Elle viendra, l'exploitation. Mais le commandement allié n'y sera pour rien. Il faudra “remercier” l'aveuglement de Hitler qui, par obstination, enverra ses divisions au plus fatal des casse-pipes. Le complot qui, le 20 juillet, manqua le Führer de peu, fut la réponse des généraux allemands.

L'axe Normandie-Bretagne

Pour passer en Bretagne, il faut s'assurer d'abord du Cotentin. Le 18 juin, la péninsule est coupée. Le 26, Cherbourg tombe. Dans leur progression, les Américains ont perdu quelque 5 000 hommes depuis le jour J. Mais trois semaines plus tard, les premiers liberty-ships jetteront l'ancre sous le fort du Roule...

Pour gagner Falaise, il faut d'abord prendre Caen. On l'espérait pour le 6 juin. La ville ne tombe que le 9 juillet. Entre-temps, beaucoup de sang aura été versé. 26 000 morts et disparus jonchent les rangs alliés. Et ce n'est qu'un début. Le plateau de la rive droite, qui ouvre Falaise, est tenu par la Hitlerjugend, une division Panzer SS d'élite. Il faudra 37 jours et des torrents de sang pour lui passer dessus. Enfin, Saint-Lô tombe le 19 juillet. Ou plutôt, Saint-Lô s'écroule. Le taux de destruction est de cent pour cent : pas une maison n'a échappé aux bombes.

Le début de la fin

Hitler en est sûr. Il croit habile de réitérer le coup de Dunkerque. Déclenchée le 7 août, l'opération Luttich lance 4 divisions de panzers vers l'ouest, sur une ligne d'Avranches à Mortain.

La bataille de Normandie aligne des chiffres éloquents : plus de 200 000 morts allemands et autant de prisonniers. À ce sujet, il est cocasse de noter que les films sur le Débarquement ont pratiquement tous fait la même erreur : les prisonniers allemands ne mettaient jamais les mains en l'air. En effet, dès leur capture, les soldats alliés leur coupaient leur ceinture de pantalon afin qu'ils ne s'échappent pas. Du côté allié, on compte 53 000 morts, plus de 150 000 blessés et près de 20 000 disparus. Les civils ont payé eux aussi : entre 15 000 et 35 000 morts dans les cinq départements de Normandie. Mais le résultat, c'est que la route est libre. L'Escaut est atteint le 2 septembre. Paris a été libéré inopinément. Et, vingt jours plus tard, les frontières du Reich sont franchies. Mais cela est une autre histoire...

La terre et les hommes

Paysage et climat

La Bretagne plonge vers l'Atlantique. La Normandie, elle, se ramasse contre le Bassin parisien.

Prudente, elle s'est entourée d'un cordon de sable et d'une grande muraille, les falaises du pays de Caux, où chaque meurtrière cache un petit port. Ce que cache cette barrière naturelle, c'est une terre fertile et la Seine qui l'alimente. L'Océan grignote le rempart cauchois, menace les polders du Cotentin. En retour, la mer pourvoit aux poissons, aux marchandises étrangères, ainsi qu'aux rivières et aux prés. Brumes, averses et crachins les engraissent : dire qu'il pleut un jour sur trois en Normandie est un euphémisme. Encore que, comme en Irlande, le soleil sache rire à travers la pluie et allumer de gris opalescents ou charbonneux les nuages bousculés par le vent marin : leur majestueux ballet continue de mettre les peintres à genoux.

La Seine a nappé de limon sa gouttière de craie, saupoudrant les alentours de chaumières aux toits plantés d'iris. De l'argile du plateau cauchois sont sorties les briques qui comblent les colombages des Hameaux. Sur la côte, le style normando-balnéaire régit les villas bourgeoises.
À deux pas du Bray herbeux, le Cauchois règne sur un patchwork de blé, lin, betteraves et fourrage. L'Eure est un pays de contraste : plaines céréalières du Vexin contre fermettes du Lieuvin, maigres prairies d'Ouche contre herbages gras du marais Vernier.

L'homme et ses ressources

Des champs, des forêts, une mer poissonneuse avec de bons ports, tout cela bien au chaud dans un molleton d'herbages... Pas besoin de se casser la tête. Paris et ses douze millions d'estomacs réclament de la Normandie qu'elle cultive sa fibre rurale et maritime. Le trio de choc normand est conduit par la vache. Tricolore (brun, jaune et blanc), cette Cotentinoise perfectionnée par cinq générations d'éleveurs est la Rolls des bovins : on lui doit le quart de la viande et des produits laitiers de l'Hexagone. Une viande persillée et un lait très crémeux. Sur un peu moins de huit millions de bovins en France, la Normandie compte près de 650 000 vaches laitières. À raison de 5 300 litres annuels en moyenne par pis, calculez... Pas de lézard : nos estomacs modernes raffolent de produits laitiers. A fortiori de superbes camemberts, petits-suisses, etc.

Autre herbivore super racé, le pur-sang a lui aussi enrichi le pays : plus de la moitié des individus élevés en France provient des haras normands. Une bonne part du chiffre étant liée à la vente des poulains d'un an et demi (les yearlings) à Deauville. Le trotteur français est normand, tout comme le percheron, destrier féodal dont les seules performances sont désormais bouchères. Les chevaux adorent les carottes ? La Normandie en produit en quantité. Autour des villes, on bine, on bêche, on sarcle tout comme en Bretagne : le maraîchage est la providence des pays d'eau. Les autres cultures vont bien : la culture du lin pour laquelle la Normandie se place au premier rang en produisant plus de 50 % de la production nationale, le blé (près de 10% de la production nationale) et la betterave.

Le Calvados s'adosse à la mer : les prospères alentours de Caen (céréales, maraîchage), les “latifundia” du Bessin – 85 % de prés ! Et la Côte Fleurie des touristes contraste avec l'argileux pays d'Auge, campé sur ses tas de pommes et ses bidons de lait. Côté porte-monnaie, l'Orne est morne : hors de la campagne d'Alençon et des fameux haras du Merlerault, des petites fermes éparpillées y maintiennent héroiquement une agriculture de subsistance. La Manche panache : labours dans l'Avranchin, maraîchage sur les polders, élevage au bocage.

Les terre-neuvas ne sont plus de saison, mais la pêche a de beaux restes. La Normandie se classe au cinquième rang en France : Dieppe est le premier port national pour la coquille Saint-Jacques (que l'on pêche aussi en quantité à Port-en-Bessin, dans le Calvados), huîtres de Courseulles et de Saint-Vaast, petits coquillages puisés aux vastes grèves de la baie du Mont-Saint-Michel, ormeaux de Granville et moules de partout... Bref, les Normands partent encore jusqu'en Irlande pour leurs poissons plats (la sole normande), saint-pierre, colins, morues, etc.

Économie

L'industrie a eu sa bonne fée : la Seine. Bien avant l'autoroute Paris-Normandie, elle reliait Paris au monde. Rouen fut le premier port de mer du royaume. Rétrogradé au cinquième rang, il truste l'exportation des grains briards, abandonnant les hydrocarbures au Havre. À l'exemple de l'Angleterre, la capitale normande a longtemps travaillé le drap, puis le coton... Le textile a reculé au profit du bâtiment et de la métallurgie.

De ces divers mouvements résulte une ceinture ouvrière marquée par le syndicalisme. Plusieurs dirigeants d'extrême gauche sont griffés “Haute-Normandie”. À l'inverse, la Basse-Normandie reste traditionnellement le fief du gaullisme, quelque peu ébranlé de nos jours. Si les chantiers navals sont déconfits, le complexe de la Basse-Seine leur a trouvé des remplaçants : Renault, Lafarge, Esso, Shell, EDF. Un tiers de la pétrochimie française, un tiers du pétrole raffiné, deux cinquièmes du papier journal consommé en France. À côté, les industries des petites villes et villes moyennes de la région semblent bien modestes, excepté toutefois pour les activités industrielles autour de l'énergie nucléaire (centrales de Paluel et de Penly en Seine-Maritime, nucléaire à Flamanville et à la Hague dans la Manche).

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Dernière mise à jour : le 01/12/2008 à 21h30

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